Le sucre : une drogue douce pour les habitants des DOM-TOM ? | Diététique et santé

Le sucre : une drogue douce pour les habitants des DOM-TOM ?


Fin mars 2013, une révélation – provenant pour une fois du gouvernement et non des médias – a suscité surprise et indignation en métropole : chez nos compatriotes d’outre-mer, les quantités de sucre incorporées à bon nombre de produits de consommation courante s’avèrent considérablement plus élevées que celles relevées sur les mêmes produits de même marque vendus sur le continent.
La différence est sidérante : en Guyane, par exemple, le Fanta orange® contient près de 14% de sucre contre moins de 10% sur le continent, soit pour une cannette de 33cl une teneur en sucre de 46g (9 morceaux de sucre) contre 31g (6 morceaux de sucre) en métropole (boissons sucrées : avec modération)!
Le phénomène est généralisé et affecte la majorité des boissons sucrées et laitages proposés dans le commerce : le Petit Filou® de Yoplait affiche une teneur en sucre de 16,1g en Martinique contre 12,7g sur le continent (soit 26,8% de sucre en plus !), le yaourt Danone® à la fraise martiniquais est deux fois plus sucré que celui acheté en métropole (nature, aux fruis, au lait entier … Comment choisir ? ), le Sprite® acheté à Mayotte affiche quand à lui 26,5% de sucre en plus…
L’explication donnée par certains industriels frôle le cynisme : les habitants de ces départements auraient un goût prononcé pour les aliments sucrés, hérité de leur histoire et de leurs coutumes culinaires (la formation du goût). Comment oser donner de telles explications lorsque l’on sait que dans les DOM-TOM, 23% des enfants sont en surpoids ou obèses contre 16% sur le continent, qu’en Guadeloupe 36% des habitants souffrent de surcharge pondérale et 13% d’obésité (les boissons sucrées sont-elles responsables de l’épidémie d’obésité ?) ? Globalement, la prévalence de l’obésité dans les départements français d’outre-mer est significativement plus élevée que celle observée sur l’ensemble du continent.
Lorsqu’on pointe, sur le continent, des habitudes alimentaires néfastes pour la santé de nos compatriotes, les autorités ont à cœur, de nos jours, de lancer de vastes programmes de santé publique que les industries agro-alimentaires ont le bon goût de s’approprier. Ainsi ont-ils développé avec ardeur des produits contenant « 25% de sel en moins », « 50% de sucre en moins », ou encore « sans huile de palme », « riche en oméga 3 et 6 », etc. Alors pourquoi s’agissant des populations qui grandissent au soleil, rétorquent-ils qu’ils ne sont pas là pour faire de la prévention mais que leur souci est et doit rester de répondre à une demande des consommateurs ?
Certes on ne peut taire le fait qu’un des principaux facteurs de développement de l’obésité au sein d’une population est la pauvreté, directement liée au chômage (Les protéines et l’obésité des enfants – C’est plus compliqué !). Les chiffres du chômage en France montrent que les 4 régions françaises les plus touchées sont, dans l’ordre décroissant : la Guyane (env. 28,5%), la Réunion, la Guadeloupe puis la Martinique. Nul besoin de commentaires…Si l’on ajoute une sédentarité croissante et un terrain génétique favorable (Peut-on lutter contre la génétique ?), on peut reconnaître que les industriels de l’agroalimentaire ne sont pas les seuls responsables. Mais défendre le conditionnement au goût sucré de ces populations – dont on sait qu’il induit un véritable phénomène de dépendance – et en nier sa part de responsabilité, est choquant et inacceptable.
Quand on ne peut pas compter sur l’honnêteté et le bon sens d’autrui, ne reste que la loi pour indiquer le bon chemin. La résolution de ce problème, faisant partie des promesses de campagne de François Hollande, a donc été remis comme il se doit entre les mains de nos parlementaires.

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