Les bienfaits des régimes « détox » : info ou intox ?

Nous n’avons pas le choix : alors qu’on nous annonce que l’air que nous respirons, pour peu que nous ayons la malchance d’être citadins, est saturé de polluants qui réduisent notre espérance de vie, nous ne pouvons que déplorer le fait que les aliments mis à notre disposition sont saturés de pesticides, métaux lourds, et autres polluants organiques qui menacent notre santé. Il est bien compréhensible que nous tentions de déjouer cette triste fatalité et de nous rebeller contre cet empoisonnement à petit feu. Le régime détox apparaît comme un possible remède à notre impuissance. En effet, certains produits chimiques utilisés par l’industrie et dont la toxicité à haute dose est avérée s’accumulent dans notre organisme. Il s’agit des polluants organiques persistants, des polychlorobiphényles, du bisphénol (voir articles « Bisphénol A : la fin d’une longue histoire…mais en France seulement » et « bisphénol A …et c’est pas fini ! »), des phtalates, du mercure (voir chapitre « Les poissons » – articles « Le mercure, une menace contre les oméga 3 ? » et « Poisson d’élevage ou poisson sauvage ? » ), du plomb, du cadmium,, de l’arsenic ou de l’aluminium (voir chapitre « Cuisiner malin » article « Cuisson en papillote mais sans alu !) ».

Ces produits toxiques sont éliminés soit par voie rénale, soit par le foie, le système digestif, la peau ou les poumons. Mais ces filtres naturels n’empêchent pas totalement l’accumulation des ces substances dans notre organisme, notamment au niveau de nos réserves adipeuses et de nos os. Le régime détox peut-il nous débarrasser de ces éléments indésirables qui menacent à terme notre santé ? Il serait rassurant de le croire. Des études menées chez nous cousins éloignés – malheureusement très éloignés, comme la truite et la souris ! – donnent des résultats encourageants : l’administration de doses importantes d’éléments issus de produits naturels aurait effectivement des propriétés détoxifiantes. Les aliments détoxifiants seraient en particulier la coriandre, certains acides – malique, citrique ou succinique – le sélénium et une variété d’algue, la Chlorella. C’est donc une bonne nouvelle…

Mais mon honnêteté me pousse à vous faire aussi part d’une mauvaise nouvelle : dans l’état actuel des connaissances, il est totalement impossible d’extrapoler ces résultats à l’homme. D’une part parce qu’il s’agit d’études menées sur l’animal, d’autre part parce que les doses administrées et les modes d’administration utilisés (pour certains par injection dans le péritoine !) ne sont en aucun cas comparables à une administration médicamenteuse, ou à l’absorption de solutés ou de tisanes. Autrement dit, aucun argument scientifique sérieux ne permet d’affirmer que les solutés « détox » vendus – souvent à prix d’or – constituent autre chose que des placebos, sans réel bénéfice santé et sans capacité à nous aider à éliminer les toxines accumulées.

Et alors, me direz-vous, faut-il forcément attendre les résultats d’études scientifiques avant de tenter de remédier à cette fatalité ? En effet, on peut jouer les apprentis sorcier, et il faut bien reconnaître que l’effet placebo est bien souvent très efficace, alors pourquoi pas ? Quelques jours de cure détox, à condition de ne pas dépasser une semaine et de ne pas confondre jeûne et détox (voir chapitre « le cerveau contrôleur » – article « la diète détox, grand nettoyage de printemps » et « Les dangers du jeûne »), peuvent vous aider à vous sentir mieux en cette période de renouveau printanier. Mais attention, la cure détox ne constitue en aucun cas un régime amincissant ; et trop souvent répétée, elle peut même vous faire prendre du poids par effet « yoyo » en raison des restrictions caloriques brutales qu’elle impose. Quand à la potion magique détox que vous choisirez si vous cédez à la tentation, elle dépendra davantage de la foi que vous lui accordez (et de l’état de vos finances!) que d’une efficacité scientifiquement prouvée…

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