Mange ta soupe, ça te fera grandir ! | Diététique et santé

Mange ta soupe, ça te fera grandir !

« Chérie tu vas te régaler, c’est plein de vitamines bonnes pour ta santé ! » s’exclament les parents en brandissant fièrement le plat de brocoli fumant. Mais quel dépit lorsqu’ils voient leur petit ange détourner la tête, affichant une expression de dégoût déconcertante… Natalia a 7 ans, elle sait très bien ce que signifie « bon pour la santé » mais dans son langage on peut imaginer qu’elle le traduit en « c’est dégoûtant » ou « s’ils espèrent me faire manger ça ! ». Car hélas les enfants sont souvent « difficiles », c’est-à-dire qu’ils n’ont pas les mêmes goûts alimentaires que leurs parents (voir chapitre « Le cerveau contrôleur » – « le spectre des néophobies alimentaires»). Pourtant ces derniers pensaient bien faire en vantant à moult reprises les mérites nutritionnels des brocolis à Natalia, ils étaient sincères – le brocoli est effectivement bourré de vitamines – et pensaient ainsi lui donner envie d’en manger. Mais Natalia est aujourd’hui adulte et voue aux brocolis une détestation indéfectible…

Cette histoire n’est pas originale, nous avons tous été confrontés à ce genre de comportement, que nous nous situions du côté de l’enfant ou du parent. Constatation qui a amené deux chercheurs américains, Ayelet Fishbach et Michal Maimaran (« If it’s useful an you know it, do you eat ? », Journal of Consumer Reasearch, octobre), à tenter d’identifier ce phénomène.

Leur test s’est déroulé auprès d’enfants de 3 à 5 ans à qui ils ont proposé différents types de discours sur les crackers.

Le premier groupe recevait un discours (sous forme de comptine)  en vantant les bénéfices sur la santé, le second un discours intégrant le caractère savoureux de l’aliment, le troisième se voyait expliquer comment les crackers pouvaient aider à progresser en lecture et en calcul. Enfin, un groupe contrôle n’avait droit à aucune histoire sur les crackers.

Les résultats sont éloquents : les enfants consomment moins de crackers et choisissent moins souvent les crackers pour les emmener chez eux lorsqu’ils leur sont présentés comme bons pour la santé ou comme susceptibles d’accroître leurs performances scolaires. Pire, ces enfants trouvent alors les crackers moins savoureux que si on ne leur présente aucun argument ! L’attirance pour les crackers est meilleure  et comparable chez les bambins à qui l’on n’a vanté que leur bon goût et chez ceux qui n’ont reçu aucune stimulation particulière.

En conclusion, il semble que, dans l’esprit d’un enfant, un aliment bon pour la santé soit forcément moins bon au goût.

Les parents de Natalia ont fini par comprendre qu’ils n’employaient pas la bonne méthode. Ils en ont donc tenté une autre : présenter un aliment au goût prononcé en lui disant « tu es trop petite pour manger cela, ce n’est pas encore de ton âge ». Pas très honnête et peu recommandable, mais efficace : dés qu’ils ont eu le dos tourné, la jeune gastronome s’est précipitée vers la gamelle interdite, et en a trouvé le contenu délicieux ! A se demander si nos chers bambins n’ont pas aussi un peu l’esprit de contradiction…

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