Réduire l’estomac pour maigrir : entre l’acte barbare et le geste qui sauve

L’obésité est aujourd’hui considérée comme une maladie – certes une maladie de société, la conséquence ultime de l’insatiable appétit d’un monde occidental qui ne connaît plus la faim ni la privation – mais aussi et surtout une maladie qui fait souffrir et peut s’avérer mortelle. On parle alors d’ « obésité morbide ou massive», lorsque l’IMC (voir chapitre « Maigrir durablement » – « calculez votre indice de masse corporelle ») dépasse le chiffre fatidique de 40 (soit 110kg pour 1m65).

On ne peut plus ignorer ce phénomène qui touche aujourd’hui 0.6% de la population française – environ 390 000 de nos congénères – soit deux fois plus d’individus qu’il y a 5 ans.

Ceux qui ne se sentent pas concernés pourront penser qu’arriver à un tel poids relève de l’inconscience totale, d’un laisser aller inacceptable, ou pire d’un comportement suicidaire ! Mais ne faut-il pas faire l’effort de dépasser ces jugements faciles et considérer que ces personnes se sont laissées entrainées dans un cercle vicieux – sans doute par faiblesse à un moment de leur vie, mais qui n’a jamais été faible et vulnérable ?  – et ont été bien souvent été victimes du culte de la minceur prôné par cette même société qui aujourd’hui les rejette et les montre du doigt ? En effet, lorsqu’on fait l’effort d’interroger ces personnes sur leur parcours de vie, on retrouve bien souvent des périodes de mal-être, voire de dépression sévère, mais aussi des régimes à répétition qui les ont menés progressivement, par le fameux phénomène yoyo bien connu des nutritionnistes, jusqu’au point de non-retour de l’obésité morbide ou massive (voir chapitre « Le secret des calories » – « le cycle infernal des régimes »). Car il s’agit bien alors d’un point de non-retour : aucun régime ne marche plus, tout effort s’avère inefficace et vain à ce stade.

Comme beaucoup, j’ai vu arriver avec scepticisme et épouvante l’émergence de la chirurgie bariatrique (intervention chirurgicale sur l’estomac) au service de la perte de poids. Outre la barbarie apparente du geste, les nombreuses complications possibles (risques d’ulcères, d’occlusions intestinales, d’anorexie, de reflux gastro-oesophagien, de vomissements, d’hypoglycémies…) me semblaient un trop lourd tribut à payer pour sortir de l’obésité massive.

Puis les années ont passé, la chirurgie bariatrique s’est répandue et banalisée – bien qu’elle reste réservée aux cas d’obésité grave – les techniques se sont affinées, la prise en charge de patients opérés s’est améliorée. Les publications scientifiques se sont montrées plutôt rassurantes, mais surtout, j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes qui avaient subi de telles interventions et de parler avec certaines. J’ai entre autres côtoyé une collègue dont l’obésité constituait un réel handicap dans sa vie professionnelle et personnelle, avec de lourds problèmes rhumatologiques en particulier, et l’ai vue se transformer de mois en mois, retrouver son dynamisme, mais aussi son optimisme et sa bonne humeur. Cette femme ne regrette à aucun moment sa décision. Elle se permet enfin de faire des projets. Les effets secondaires de l’opération lui paraissent minimes à côté du calvaire que représentait son obésité.

Bien sûr, d’autres patients vivent beaucoup moins bien les conséquences de ces techniques, mais après tout, lorsque la diététique et la médecine ne peuvent plus rien, peut-être faut-il avouer son impuissance et accepter de se tourner vers d’autres horizons ?

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