Trop maigre pour toi !


Tout nutritionniste s’est un jour entendu demander « je suis trop maigre et j’ai beau manger, je ne parviens pas à grossir !… que pouvez-vous me conseiller ? ». Question qui au mieux plonge le spécialiste de la nutrition dans un certain embarras, au pire dans l’indifférence totale, voire le dédain : « mais qu’a-t-il (elle) donc à se plaindre, alors que tant d’individus se livrent à une vaine lutte contre les kilos en trop pendant des années sans aucun résultat ? ».
Difficile de susciter la compassion dans une société où la maigreur est un fantasme irréalisable pour la majorité d’entre nous. Les scientifiques ont assez tardivement reconnu l’existence de cette anomalie à laquelle a été donné dans les années 80 le nom de « maigreur constitutionnelle ». Présente chez les deux sexes, elle est caractérisée par un indice de masse corporelle très bas (inférieur à 18 : Calculez votre indice de masse corporelle) comme chez les personnes souffrant d’anorexie mentale mais, contrairement à cette dernière, ne s’explique pas par une restriction des apports caloriques et des apports en graisses. La maigreur constitutionnelle n’a pas pour origine un trouble psychique, ce qui n’empêche pas les personnes concernées de souffrir psychologiquement des moqueries que suscite leur apparence physique, surtout à l’adolescence. Couramment affublés des sobriquets tels que « fil de fer » ou « squeléton », les maigres, dépourvu des courbes et rondeurs jugées « sexys », risquent de perdre toute confiance en leur pouvoir de séduction.
Pourtant la maigreur constitutionnelle, dont l’origine commence à être mieux connue, ne sous-entend pas, contrairement à l’anorexie mentale, une quasi-disparition des tissus adipeux (réserves en graisses). Les proportions entre masse grasse et masse musculaire y sont nettement mieux conservées, garantissant une plastique corporelle plus harmonieuse, moins « maladive ». Le schéma des hormones sexuelles n’y est pas non plus perturbé et la maigreur constitutionnelle ne s’accompagne pas chez les filles d’une disparition des règles comme on l’observe chez les anorexiques. En revanche, le problème mérite d’être pris au sérieux car ces individus présentent un très fort risque d’ostéoporose précoce, présente dans 25% des cas dés l’âge de 20 ans !
On pourrait logiquement penser que la grande maigreur serait liée à un métabolisme de base (dépense calorique de repos spécifique à chacun : A chacun son métabolisme) anormalement élevé, ou encore à une catégorie d’individus dotés d’un appétit exceptionnellement faible, or il n’en est rien. Ces personnes mangent autant que tout le monde sur le plan calorique et leurs besoins métaboliques moyens sont tout à fait ordinaires : ni appétit de moineau, ni pouvoir de combustion instantanée ! Pire, les expériences de « gavage » sont sans effet : on a beau leur faire ingurgiter des rations de Sumo, elles restent toujours aussi filiformes (A quoi dépensons-nous les calories ?) !
Les recherches menées ces dernières années s’orientent vers une cause génétique de la maigreur constitutionnelle, et mettent en avant l’excès de production d’une hormone (PYY = polypeptide YY 0-36) intervenant dans la survenue précoce de la satiété. Il a en effet été observé que ces personnes sont plus vite rassasiées au cours d’un repas, et complètent leurs besoins énergétiques en grignotant davantage que la moyenne de la population. Surtout n’en déduisez pas que pour maigrir il faut manger peu aux repas et grignoter beaucoup : si c’était le cas cela se saurait !
Etudier de plus près les maigreurs constitutionnelles peut apporter beaucoup aux personnes qui en souffrent sur le plan psychique et physique, et peut aussi ouvrir des voies à la recherche génétique sur l’obésité (Peut-on lutter contre la génétique ?). En effet c’est peut-être en comprenant mieux ce qui empêche certains de grossir que l’on découvrira ce qui empêche d’autres de maigrir.

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